"La Femme Coquelicot" - Noëlle Châtelet.

Publié le par Evilysangel

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Résumé Éditeur :

"Marthe a soixante-dix ans. Elle va vivre une passion avec Félix, l'homme aux écharpes multicolores, son aîné de dix ans... Une passion faite de l'émerveillement des âmes et aussi des corps.

Enfants et petits-enfants, qui l'avaient assez vite rangée à la rubrique «grand-mère gâteau», devront assister à la métamorphose de Marthe en cette "femme coquelicot", éclatante et fragile, tout au bonheur d'aimer et d'être aimée.

C'est un sujet tabou sur lequel la romancière de "La Femme en Bleu" lève le voile, à une époque où la vieillesse se voit intimer l'ordre d'être honteuse ou vaincue. Elle le traite avec une grâce qui lui a valu un accueil enthousiaste de la critique et du public."

 

Ce roman était sur ma Wish-List depuis très longtemps. Au point que je ne me souviens plus très bien où j'ai pu le voir, ni où j'ai pu lire un avis alléchant me l'ayant fait noter sur cette liste. Toujours est-il que, pour compléter une commande sur le net, lors d'achat de livres pour les cours de français de mon Ado, je l'ai rapatrié sur mes étagères... Étagères où il semblait bien devoir rester encore un peu si ce n'avait été le rangement occasionné par la mise en place de ma nouvelle bibliothèque pendant l'été...

 

Dans un style fluide et douillet, l'auteur raconte les bouleversements émotionnels vécus par Marthe, vieille dame de 70ans, mais néanmoins toujours femme!... Marthe est une vieille dame comme on en croise souvent : petite et fine, évoluant presque en silence dans son quartier, comme dans la vie qui est derrière elle. Veuve d'un homme froid et distant, elle n'a connu de bonheurs qu'en étant mère et épouse dévouée.

 

"L'homme aux mille cache-col prononce des phrases que Marthe n'a jamais entendues, des compliments plutôt, mais tournés de telle façon qu'ils la troublent autant qu'ils l'émeuvent. C'est cela, ce trouble, qu'elle n'arrive pas à définir, sans doute parce qu'elle ne comprend pas bien d'où il vient. Par moment, il lui semble que le trouble est dans sa tête, par moment au creux du ventre, à l'endroit même où le trac l'avait saisi avec sa morsure, si douce. La trouble, ça s'attrape, comme un petit point de côté de l'âme, délicieusement aigu, voluptueusement passager." p. 59

 

Notre héroïne est un personnage très attachant dont on a vraiment envie de connaître ces émois qui lui ont été "volés" par un mari froid et banal, quasi imposé par sa famille. On frissonne de bonheur en même temps qu'elle lorsqu'elle reçoit sa première lettre d'amour : à 70 ans!!! On sourit aux réaction de sa famille... Ses enfants, qui ont leur façon de voir leur mère et qui vont réaliser doucement qu'elle est aussi une femme! Ses petits-enfant qui s'étonnent des changements de leur grand-mère mais qui sont tellement content de la voir si guillerette, si enjouée, si fraîche, presque rajeunie...

 

Cet amour improbable avec Félix, à un âge où l'on a du mal à concevoir que l'amour puisse naître encore, est une vraie découverte pour Marthe... Ce petit bout de femme qui, alors que sa vie est plus que derrière elle, apprend les émois du coeur en même temps que ceux du corps... Avec des mots choisis et pas du tout racoleurs, toute en nuance et en délicatesse, Noëlle Châtelet raconte cette féminité qui éclos à 70 ans... C'est doux et frais. On sent les petits rougissements des joues de Marthe et ses sourires intérieurs, comme ceux que l'on se fait à soi-même quand on réalise que l'on se sent si bien, que l'on est heureuse...

 

Félix est un personnage adorable! Un artiste qui peint avec le coeur pour guide de ses pinceaux. Un homme qui prends le temps de voir au-delà des apparences et qui va redonner des couleurs à la vie terne et grise de Marthe. Élégant, gentleman, et très doux, il prends son temps pour la séduire. Il a tellement envie de lui faire découvrir d'autres choses... D'opéras en concerts, de galerie d'arts en promenade dans les parcs, il va doucement l'apprivoiser. Et, tout naturellement, la peindre aussi!... Il émane une telle sensualité de ce personnage, dans ses actes comme dans ses mots que l'on a peine à se l'imaginer si âgé... Bien sûr, c'est un homme d'un autre temps comme l'on dit. Une époque où il était de bon ton de prendre son temps, de laisser naître les sentiments, de les enjôler, de les laisser grandir et de les sublimer ensuite... Un vrai bonheur cet homme-là!

 

Malgré tout, il est bien difficile pour des enfants, même devenus adultes, de voir sa maman se transformer. Et les enfants de Marthe, surtout sa fille d'ailleurs, vont avoir du mal, dans un premier temps, à accepter cette nouvelle mère que leur a "redessiné" Félix. Puis, son fils va se réjouir de ces changements et l'encourager à laisser parler son côté fleur bleue qui avait été si longtemps brimé par leur père. Sa fille, elle, a eu beaucoup plus de mal à accepter la situation. Quant à imaginer sa mère ayant des rapports charnels avec un homme... À son âge!!!???... Mais, passé le petit sentiment de jalousie du fait de son célibat, elle apprécie également la transformation que l'Amour a insufflé à sa mère...

 

Il était difficile de ne pas tomber dans des écueils égrillards avec un tel sujet : l'amour après 70 ans. Mais l'auteur s'en sort extrêmement bien grâce à de superbes métaphores. Notamment celle du coquelicot...

 

Alors même que Marthe s'est décidé à aller s'offrir une belle tenue neuve pour faire honneur à Félix qui l'emmène à l'Opéra, elle perçoit la présence d'une femme qui déambule quasiment à ses côtés. Puis, finissant par la regarder vraiment, elle s'aperçoit que cette femme est lumineuse et splendide et qu'elle porte un corsage rouge coquelicot! Couleur qu'elle n'a plus jamais pu porter après l'été précédent ses fiançailles, cinquante ans plus tôt. Cette couleur était alors devenue interdite à porter pour une femme mariée, d'une totale inconvenance quasiment.

La vision de cette femme qui dégage une telle féminité, portant ce chemisier qui ressemble tant à celui qu'elle portait autrefois, va lui faire réaliser qu'elle est une femme libre, qu'elle peut s'ouvrir au Monde, aux autres, à Félix...

 

"On dit du coquelicot qu'il serait la fleur du désir. Et si c'était le désir qu'elle venait de rencontrer dans la rue, le désir coquelicot?" p. 77

 

Nombre d'autres scènes m'ont séduites par leur envol, leur fraîcheur, leur sensualité! Ce récit dégage une telle dose de bonheur qu'il est difficile de ne pas le lire et le relire, savourant certains passages en faisant rouler les mots sous la langue... Attention! Rien de spectaculaire dans les description de scènes clefs : que de la douceur, te dis-je!... Rends-toi compte par toi-même avec ces quelques mots au moment crucial :

 

"Les deux corps se joignent. Les peaux sont douces d'être usées, d'avoir frotté contre le temps, les années, inlassablement polies comme les galets sur la grève. Marthe se sent galet, se laisse rouler." p.95

 

Pour finir, je te laisse avec une dernière petite réflexion de Marthe :

"Avant de s'associer à l'allégresse générale, avant de joindre son rire à ceux de Félix et de sa soeur, elle se dira que s'il n'y a pas d'âge pour l'amour, il n'y en a pas non plus pour la jalousie, mais à choisir, elle préférerait, de loin, mourir d'amour!" p. 119

 

Ce court roman est vraiment un petit bijou! Un style magnifique, des périphrases et des métaphores si justes et si parlantes, en font un récit plaisant, jouissif en tant que lectrice, par le choix des mots employés, par le bonheur qui s'en dégage : à lire et à relire sans modération!

  Challenge Petit Bac

Catégorie "Végétal".

 

Références : "La Femme Coquelicot" - Noëlle Châtelet - Éditions Le Livre de Poche - Avril 1999 - 152 pages - 3.50€

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Publié dans Mon Coin Lecture.

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